Alexandre Le Petit / versonatura / institut nomade


INSTITUT NOMADE / CÔTÉ COUR

Trouver ce que l'on cherche, cela revient souvent à vérifier la validité de quelque chose que l'on savait déjà. La conséquence est que cela revient aussi à ne rien apprendre. En revanche, découvrir quelle était la question, c'est prendre le risque de rencontrer sa propre forme.

Institut nomade invite les spectateurs et les amateurs à mener une enquête sur le terrain du savoir profane, à partir des fragments de voix, de mots et d'images d'une mémoire collective à venir. Quel type de connaissance se construit dans l'expérience du regard et comment existe-t-elle ? Quelle est la place faite au spectateur dans les processus de création ? Quelle est l'essence de la figure de l'amateur ? Allons-voir ensemble.

3 temps de rencontre :
           10h – 11h30     > ateliers d'écriture
           14h30 – 15h30 > lecture
           15h30 – 16h30 > performance

 

La danse, un corps qui pense.
« Le Scenopoïetes dentirostris, oiseau des forêts pluvieuses d’Australie, fait tomber de l’arbre les feuilles qu’il a coupées chaque matin, les retourne pour que leur face interne plus pâle contraste avec la terre, se construit ainsi une scène comme un ready made, et chante juste au-dessus, sur une liane ou un rameau, d’un chant complexe composé de ses propres notes de celles d’autres oiseaux, qu’il imite dans ses intervalles, tout en dégageant la racine jaune de plumes sous son bec : c’est un artiste complet »

Si pour Gilles Deleuze la pensée peut être comparée à un chant, nous devrions ajouter que du chant à la danse il n'y a qu'un pas.

Ce geste c'est aussi celui de l'écriture. En tant que tel, ce geste créateur, geste d'auteur de soi, repose sur une rupture radicale avec la temporalité de l'immédiat comme loi définitive du désir. Écrire, c'est aussi opposer un espace-temps à un autre espace-temps, et vivre l'acte de pensée comme point de fuite d'une autonomie retrouvée.

Cette volonté d'indépendance et de mise en pratique du savoir et de l'expérience de chacun d'entre nous dans la tapisserie commune de notre culture peut être une tentative de résistance à la demande de supra-professionnalisation, qui crée une ségrégation des intérêts en donnant l'impression qu'on ne peut se définir que dans une spécialisation. Cette idée nous sépare les uns des autres et promeut un contexte social dans lequel les rapports comptables deviennent la règle de mesure des rapports inter-personnels, assez éloigné du projet d'une société en tant qu'ensemble. Mais que voulons-nous ?

Les conditions d'existence d'un milieu dépendent avant tout des individus qui l'habitent, et qui, reliant chaque point de leur désir en une vitesse commune, forment les traits d'une expérience sensible d'un Monde en partage.

La danse, le théâtre, la musique participent de la recréation permanente de ce contexte dans lequel des individus se réunissent pour former une collectivité, et cette réécriture doit pouvoir être pensée en tant que dynamique politique et sociale dans le sens d'une recherche et d'une mise à jour de ce qui constitue le bien commun, avant de pointer ce qui nous différencie et nous isole, et le cas échéant nous livre au cynisme des extrêmes.

Penser la philia, ce qui relie les Hommes entre eux, c'est non pas créer ou re-créer un collectif, mais du collectif, et repositionner l'échange, la pensée, l’interdisciplinarité et la rencontre comme axe central de nos rapports.

La recherche artistique crée et élabore des données qui proviennent de multiples sources, processus et matériaux, qui se présentent à travers des approches singulières et qui peuvent être requestionnées par le public. Ainsi, des pratiques artistiques peuvent être utilisées pour élargir la sphère de participation dans construction sociétale.

Laurence Louppe dans sa "Poétique de la danse contemporaine", nous rappelle à une autre rupture dans notre perception du corps pensant : " (la danse) veut, nous le verrons, que le corps, et surtout le corps en mouvement soit à la fois le sujet, l'objet et l'outil de son propre savoir. A partir de quoi une autre perception du monde peut s'éveiller. Et surtout une nouvelle façon de sentir et de créer. Or ce renouvellement de la perception concerne autant le spectateur de danse contemporaine que le danseur."

La fusion des pratiques artistiques avec celles des sciences humaines, en donnant au performer une nouvelle autonomie, ne lui impose-t-elle pas également de se questionner sur sa propre pratique ? Alors qu'il doit assumer la disparition progressive de la figure tutélaire du [metteur-en scène/chorégraphe/démiurge], ne doit-il pas requalifier dans son travail en propre, dans sa capacité à organiser sa pensée et les actions qui en découlent, la nature des liens qu'il construit avec le public ?

Penser la danse c'est penser à travers elle ce qui construit une culture. La question qui suit immédiatement peut-être celle de comment prendre part à son écriture, comment devenir auteur d'une culture locale et débordante, capable de transformer la boue acide du cynisme et de l'individualisme décomplexé et sans vergogne en terreau fertile du désir collectif.

Penchons-nous un moment sur la position du performer dans la voix publique, sur sa responsabilité en tant qu'auteur et sur les moyens qu'il se donne pour accomplir la mutation de l'espace de soi vers l'espace social, et voyons ce que la danse comme mode d'existence peut nous dire d'un certain rapport au Monde qui se construit toujours pour et par Nous.

Alexandre Le Petit

 

Présentation de l'institut nomade
institut nomade est un projet initié par Alexandre Le Petit. Son action est fondamentalement trans-disciplinaire, et sans durée. Elle s'articule à partir de la notion de performativité dans les pratiques artistiques et la construction culturelle en condensant ses recherches autour des rapports entre le plateau et le performeur-auteur, l'ontologie du langage performatif, et le plateau en tant que micro-politique et lieu de l'individuation collective.

L'ensemble peut se traduire à travers la figure d'une enquête au long cours sur ce que peut être une « culture moderne », en utilisant les outils légués par l'histoire des arts performatifs, l'héritage du concept Austinien de performativité dans le langage ordinaire et l'actualisation du concept de pharmakon proposée notamment par le philosophe Bernard Stiegler ; c’est-à-dire également dans toutes les formes d'écritures qui composent notre voix publique, constituées pour et par Nous.

En tant que processus de recherche et de création, l'institut nomade produit des extériorités protéiformes (interviews, performances, textes, images, montages vidéos, installations, paysages sonores, etc.) et organise leurs interactions dans le cadre de conférences performatives publiques qui invitent les participants à les approprier puis à les reconstruires pour eux-mêmes.

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La dynamique générale de nos actions n'est pas la recherche de la compilation d'une « vérité » qui serait à « bien comprendre », mais tend vers la production d'un terrain fertile sur lequel l'ensemble des auteurs-performers de la sphère culturelle pourra se rencontrer. Le désir à la source de ce projet est de questionner le sens de nos activités citoyennes, artistiques et intellectuelles, de redessiner des singularités et de stimuler la philia à l'intérieur de la collectivité dans laquelle nous nous individuons, c'est-à-dire lorsque nous nous construisons en tant qu'être pour et par l'autre. Il s'agit, selon un mode inspiré par le philosophe Jacques Rancière dans son essai Le Maitre Ignorant, de stimuler l'intelligence et la créativité d'un milieu, au lieu de lui imposer de l'extérieur un ensemble de signes et de gnoses dont la cohérence incontestable serait dépositaire du dogme du savoir, de la Vérité.

Le travail que nous accomplissons se situe fondamentalement dans une optique de recherche. Le but n'est pas de fabriquer des « objets artistiques consommables », mais plutôt de dégager de nouveaux modèles et de nouvelles expressions de l'art et de la culture en lesquelles nous pourrions croire, en dehors de toute considération commerciale. À travers ces propositions, nous cherchons à dégager les axes qui pourraient donner du sens à une réflexion globale sur ce qui fonde le désir et l’intérêt à concevoir des projets trans-disciplinaires et collectifs, à décrire leur lien à l’existence et les faire entrer en résonance avec notre époque, afin peut-être de se rapprocher de la conception du poète et philosophe allemand Hölderlin lorsqu'il écrit : « La poésie, c'est le monde transmuté en langage ».

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Contributeurs :

En Normandie :
Sessions pharmakon et workshops
Flora Pilet, Sophie Quénon, Christophe Bisson, Camille Maurer, Anais Dumaine, Julien Denis, Elsa Deslandes, Geneviève Achille, Marion Hamel, Anne Vilquin, Claude Boisnard, Alexandre Serrano, Céline Orhel, Stéphanie Brault, Patrick Martin, Emanuela Caravala, Olivier Viaud, Fabienne Mulot, Jeremy Duprez, Kethevan Ramichvili, Michèle Latini, Alexandre Le Petit (…).

Session RISE
Soraya Brière, Caroline Delaporte, François Alleaume, Eliane Pasquéro

En Belgique :
Conférence performative et résidences
Lilia Mestre, Elke van Campenhout, Michiel Reynaert, Michiel Vandevelde, Veridiana Zurita, Joséphine de Weck, Wouter Krokaerts, Pierre Joachim, Pierre Rubio (…).

 

Dates et projets :

Historique récent :
Août
sessions pharmakon : from ghosts to which culture ?, Caen & Bxl

Juillet
> 03/07/15 : Session RISE
Avec Eliane Pasquéro
Conseillère théâtre, danse, cirque et arts de la rue auprès de l'ODIA

Mai
workshops & ghost ridings, Caen & Bxl

Avril
sessions pharmakon, Caen
06 > 10/04 & 13 > 17/04 : Ateliers Intermédiaires
Préparation à la carte blanche Intersection [installation rhizomatique]
(...)

2014

institut nomade in Brussels


13/10 > 13/12 : Bains Connective (socio-artistic laboratory)
Thematics pharmakon : whitch culture ?
institut nomade, bains connective, a.pass & Kaaitheater

28, 29 & 30/11 : Kaaistudio's
The pharmakon performative conference
Conferences, performances, installations, discursive objects, ghosts & more ...
Participants & contributors for the Thematics : Alexandre Le Petit, Flora Pilet, Lilia Mestre, Elke Van Campenhout, Michiel Reynaert, Michiel Vandevelde, Joséphine de Weck, Sophie Quénon, Véridiana Zurita Guests for the conference : Bernard Stiegler, Pierre-Yves Defosse, Marcia Lucia Cruz, Pieter De Buysser, Maika Lond, Brandon LaBelle, Fabiana Borgess, Mischa Twitchin, Jonathan Lahey Dronsfield, Eric Thielemans, Novenka Koprivsek

04 > 24/06/14 : Bains Connective (socio-artistic laboratory)
résidence - Pharmakon : witch culture ?
research & creation

30/09 > 08/10/14
Résidence au théâtre de l'Hippocampe
Seconde période de préparation au Thematics pharmakon : witch culture ?

19 > 23/05/14 : institut nomade au théâtre de l'Hippocampe
De la Table au Plateau : extériorités
[session pharmakon]

Ghost Riding
09/04/15, Caen, 15h
[marche performative]

14 > 23/04/14 : institut nomade aux Ateliers Intermédiaires
De la Table au Plateau : chaosmose et micropolitique
[session pharmakon]

24 > 29/03/14 : institut nomade au théâtre de l'Hippocampe
De la Table au Plateau : Clinamen [Lucrèce]
[session pharmakon]

03 > 08/03/14 : institut nomade au Centre Chorégraphique National de Caen
De la Table au Plateau : auto-fiction et temporalité du fantôme
[workshop]

A venir :
28/09 > 10/10/15
1tersection
carte blanche aux Ateliers Intermédiaires, Caen
ouverture publique le 07/10/15

02 > 15/11/15
Résidence au CDRM, Rennes
session pharmakon, recherche & création


Radio : à partir de novembre 2015, institut nomade animera une émission en direct une fois par mois, sur RADIO 666.

 

Alexandre Le Petit
versonatura / institut nomade

Coordinateur : Alexandre Le Petit
Participant(e)s : Anaîs Dumaine, Flora Pilet,
Alexandre Le Petit
, Stéphanie Brault
et Sophie Quénon...
 
W : institut-nomade.org
E : info@versonatura.org

photo : Claude Boisnard

photo : Claude Boisnard

photo : Claude Boisnard

 

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