SKITE, chantier d’utopies
Déjouer les logiques de la « programmation », rendre possible un cadre
d’échange et d’expérimentation qui ne soit a priori soumis à aucune obligation de
résultat. Tels sont les inattendus du projet SKITE, qu’a mis en œuvre Jean-Marc
Adolphe, par ailleurs directeur de publication de Mouvement. « En 1992, lorsque ce
projet a vu le jour », souligne t-il, « l’idée même de résidence de recherche n’existait
quasiment pas en Europe dans le champ théâtral ou chorégraphique ». Une
première édition, à Paris, au Théâtre de la Cité Internationale, avec une soixantaine
d’artistes alors « émergents » tels que Meg Stuart, Alain Platel, Caterina Sagna,
Heddy Maalem, confirme la pertinence de l’idée. Une seconde édition XXL (avec
cent vingt artistes de toutes provenances) a lieu à Lisbonne, en 1994, dans le cadre
de Lisbonne capitale culturelle européenne. Et puis le projet s’interrompt. « Je ne
voulais pas tomber dans la routine de l’organisation », commente aujourd’hui Jean-
Marc Adolphe, « et que cela devienne, à mon corps défendant, un festival de plus ».
De la rencontre avec un réseau informel de jeunes artistes performers, Sweet and
tender collaborations, vont naître deux nouvelles éditions, en 2007 à Performing Arts
Forum près de Reims (un ancien couvent reconverti en lieu de résidences artistiques
par Jan Ritsema) et en 2008 à Porto.
Une cinquième édition de ce projet atypique est annoncée cet été, du 16 août au
12 septembre, à Caen, en partenariat avec de nombreuses structures locales et
régionales : l’association Danse Perspective, le Centre Chorégraphique National,
le Cargö –salle de musiques actuelles, l’Ecole Supérieure d’Arts et Médias,
l’Institut Mémoires de l’Edition Contemporaine, des collectifs d’artistes (Les Ateliers
intermédiaires), etc. Quatre-vingt artistes y seront réunis, dont une dizaine de jeunes
performers new-yorkais (Liz Santoro, Michelle Boulé, Cytnthia Koppe, Trajal Harrell,
Craig MacArthur Dolezel, Daniel Clifton, Julia Jarcho, Charles Chemin, etc.) ; l’un
des objectifs étant de créer de nouvelles passerelles entre Europe et Amériques. Les
prochaines éditions sont prévues en 2011 et 2012 outre Atlantique, aux Etats-Unis
puis au Brésil.
Que peut-il surgir d’un tel laboratoire ? « L’impensable », écrit Jean-Marc
Adolphe : « ne pas savoir, ne pas « programmer ». Faire simplement confiance aux
artistes, à leur capacité à inventer l’avenir. Ne pas savoir. Et s’en réjouir ».
Dominique Vernis
SKITE 2010, du 16 août 12 septembre à Caen.
